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Interview 95 Degrés
Debout sur le Zinc - Mardi 15 février 2005, lors du concert donné à Taverny.

Mardi 15 février, Taverny accueillaient Gordon Sanchez et Debout sur le Zinc pour une soirée haute en couleur musicale. Une pointe de blues, un soupçon de jazz, une bonne dose de rock, Gordon Sanchez a chauffé la salle avant que Debout sur le Zinc ne présente un véritable Show avec parties instrumentales, jeux avec le public, tubes revisités (notamment une version "orientalisée" mémorable de La Pantomime). Ces deux groupes ont quelques points communs : des voix, des vraies, des textes, des vrais, et une présence indéniable sur scène.

Simon Mimoun, chanteur et violoniste du groupe Debout sur le Zinc, a répondu à nos questions avec une rare disponibilité et une grande sincérité. En somme, on a eu l’impression de discuter avec un pote…

Mathilde et Justine : On vous a entendu sur les ondes de radio France (fous du roi, Ondes de choc, Sur tous les tons) et vu sur France 5 (Cult) : pensez-vous que le caractère "inclassable", éclectique de votre musique, le fait que l’on ne peut vous ranger dans une seule case soit la raison pour la quelle vous n’êtes pas davantage diffusés sur les autres radios et autres émissions ?
C’est une question vachement intéressante mais compliquée ! Debout sur le Zinc est souvent classé chanson française pour ceux qui connaissent et chanson festive pour ceux qui connaissent pas, on a toujours un problème d’image par rapport à ça. En même temps, c’est vrai qu’on est un groupe de scène donc il y a un côté festif dans Debout mais ce n’est pas le propos. Musicalement, on n’est pas non plus complètement chanson : il y a des choses complètement chanson et des choses complètement rock, donc on est entre les deux et en même temps un peu folk aussi. C’est à la fois un avantage et un inconvénient ! Les gens n’arrivent pas à nous classer mais en même temps on a une chanson qui a pu passer à la radio ce qui n’est pas le cas de groupes bien plus gros que nous comme les Ogres de Barback ou les Hurlements qui sont franchement dans un style musical qui ne passe pas à la radio.

Tous les passages média que je viens de citer ont eu lieu en 2004 ou début 2005 : c’est l’effet "des singes et des moutons" ou vous avez changé d’attachée de presse ?
Les deux !! Non, on a pas changé d’attachée de presse mais entre L’homme à tue tête et Des singes et des moutons on s’est barré de notre ancienne maison de disque car on s’était fait avoir par un producteur. Quand on est un jeune groupe il faut faire attention à ce que l’on signe et à comment on le signe. Ca nous a fait perdre beaucoup d’années. Du coup on a autoproduit Des singes et des moutons, on a eu toute liberté de bosser avec qui on voulait, de faire les choses comme on voulait, on a pris les risques financiers mais finalement on a fait les choses comme on l’entendait : le son est bien meilleur et on a pu signer de façon plus intéressante qu’avant.

Dans un article de 2001, Télérama vous présentait comme membre de la "famille néo-guinguette" : vous reconnaissez-vous dans cette description ?
Simon de DSLZ (un peu énervé) : Ben tu vois, c’est dur ! Ca correspond à rien ! On a commencé par faire de la chanson française acoustique quand il n’y en avait quasiment plus, il n’y avait plus que Les Têtes Raides et La Tordue qui étaient vraiment les précurseurs du renouveau de la "chanson française", dont on nous rabat les oreilles maintenant. Donc à l’époque, effectivement, on était dans un trip super acoustique, valse, etc. Mais depuis il s’est passé 10 ans ! On a évolué, on ne fait pas de guinguette, ce n’est pas parce qu’il y a un accordéon que c’est de la guinguette ; dans les Innocents il y avait de l’accordéon et c’était plutôt de la pop !

Est-ce que vous pensez que c’est plutôt un truc de journaliste ?
On a un peu joué avec le feu en s’appelant Debout sur le Zinc ! c’est vrai qu’à une époque les gens trouvaient ça rigolo de nous faire passer dans leur bar quand on a commencé, mais depuis ça n’a plus rien à voir, même si l’esprit est toujours le même, musicalement ça a vachement évolué. On ne renie pas d’où on vient, c'est-à-dire de la chanson acoustique, et en même temps on revendique le chemin effectué depuis.

Ces derniers temps, le côté rock s’affirme dans votre musique : c’est une tendance que vous souhaiter poursuivre ou allez-vous tenter d’autres expériences ?
Je pense qu’on va faire d’autres expériences. On a un côté rock car il y a toujours eu dans Debout sur le Zinc une guitare électrique et une batterie assez rock. On était plus tourné vers le rock alternatif : tu vois, on vient après la Mano Negra, les Négresses Vertes, tout ça… Le truc qui est un peu différent dans Debout c’est qu’il y a aussi une influence du rock anglo-saxon, des groupes comme Calexico, il y a des fans de Radiohead dans le groupe, et ça se sent un peu. Après, le côté rock c’est ce dont on avait envie sur quelques chansons sur l’album précédent, on sait pas où ça va nous emmener, ça dépend des compos en fait.

Comment se passe la composition des morceaux ?
On est trois auteurs dans le groupe : Romain (guitare chant), Christophe (guitare, chant) et moi. On amène la ligne mélodique, les accords de base et les accords au groupe, chacun y met de sa personnalité. Le groupe accepte ou non les chansons et chacun peut s’exprimer avec. La chanson est d’abord interprétée par le groupe au vrai sens du terme : chacun la comprend à sa manière et y met vraiment de soi. Il arrive qu’une chanson donnée par quelqu’un dans le groupe soit complètement différente du résultat auquel on s’attendait au départ. Souvent en bien !

Le premier album (éponyme) était un peu noir…il y a eu une grande évolution dans les textes aussi.
Ha, c’était l’album de jeunesse ! On faisait déjà de la scène, on avait des chansons écrites depuis un moment, on a retaillé dedans, on en a gardé quelques unes pour faire le premier album. On les a écrites quand on avait 20 ans ! Quand on prend un peu de recul on peut se dire "aïe !" mais bon pour ma part j’assume complètement. On essaye de faire de la musique sincère, ce qu’on met dans les albums c’est sincère et à l’époque on était dans cet état là. Finalement, les thèmes sont encore assez sombres, mais il y a un peu plus de recul.

Vous avez fait des grandes salles, vous avez tourné en Europe, en Russie… certains artistes cessent de tourner dans les salles de banlieue dès qu’ils commencent à être un peu connus ; Vous, qu’est-ce qui vous pousse à continuer de jouer dans des petites salles (mis à part les cachets of course) ?
La vie d’un groupe s’est de jouer partout ! Il y a des petites salles des fêtes où d’un coup dans un village qui compte 200 habitants il va y avoir 1000 personnes dans la salle parce que ça draine tout autour. Ca fait partie du charme aussi et puis il n’y a aucune raison pour que seules les grandes villes aient des concerts de qualité, des choses qui se passent... En même temps, je te dis pas où on joue parfois… On a un minimum à respecter quand on vient parce qu’on est nombreux (7 sur scène ndlr), on a des instruments, il y a la lumière, le son...

Si vous n’aviez pas été musiciens, vers quelle branche professionnelle vous seriez vous senti attiré ?
Simon de DSLZ (sans grande conviction) : il y a beaucoup de scientifiques dans le groupe, donc… pff… profs, instits...

Donc vous allez continuer la musique !
ben écoute, je te dirais ça dans 20 ans ! En tous cas, au niveau de l’expérience que ça procure et la musique en groupe telle que nous on la vit, c’est beaucoup d’expérience humaine. 50 % du boulot c’est de se comprendre avec les autres, d’arriver à se parler, on est 7 sur scène et 11 sur la route. C’est un couple de 7 garçons avec des personnalités différentes, c’est forcément un petit peu compliqué parce qu’on ne fait pas un métier comme les autres et tu rajoutes à ça la fatigue des voyages etc. Mais bon, ça fait 10 ans qu’on se connaît, ça fait 10 ans qu’on se pratique donc ça fait avancer sur le chemin du dialogue. Quand tu rentres de 10 jours de tournée tu as des souvenirs comme si tu étais parti 3 mois. Tu vois plein d’endroit, plein de gens...

Une anecdote de plantade rigolote sur scène ?
Une plantade rigolote… les plantades sur scène c’est jamais rigolo !! Il y en a plein ! Bon, c’est pas vraiment une plantade : un soir quand on jouait au Bartock, on était les uns derrière les autres, les amplis derrières, on jouait toujours très énergiquement, et à un moment j’ai mon archet qui tape la corde de Mi du violon. Le violon part dans les airs, tout le monde le suit d’un regard angoissé… le violon fait un salto, on regarde la scène comme si elle passait au ralenti…et le violon est tombé derrière, dans sa boîte ouverte posée sur l’ampli ! Le public a dû croire que c’était fait exprès...

(La dernière en date est celle qu’on a pu admirer pendant le concert !!!!!!!)

(Interview par Mathilde et Justine)